Le lundi matin, Daniel se présenta chez maîtresse Vasseur avec une chemise contenant les courriels qu’il avait pu retrouver.
Claire était encore à l’hôpital et ne voulait pas qu’il reporte ce rendez-vous.
Elle lui avait demandé une seule chose : ne signer aucun document qu’il n’avait pas lu lui-même.
La notaire le reçut sans cérémonie.
Elle avait déjà appris, par l’avocat contacté par Daniel, qu’une enquête concernait la maison familiale.
Elle plaça devant lui la copie d’une déclaration d’accord, accompagnée d’une page où figuraient leurs noms, le sien et celui d’Hélène.
— Est-ce votre signature ?
Daniel se pencha sur le document.
Le « D » commençait comme dans sa vraie signature, mais la dernière boucle était trop large.
En dessous, un trait avait été ajouté pour imiter le geste qu’il faisait parfois lorsqu’il écrivait rapidement.
— Non. Je ne l’ai jamais vu.
— C’est la raison pour laquelle j’avais demandé à vous recevoir. Une copie reçue par courriel ne remplace pas un acte régulier, et je n’aurais procédé à aucune vente sans vérification.
Elle expliqua qu’Hélène avait présenté une proposition d’achat d’une parcelle héritée de leur père et assuré que Daniel y consentait.
Ce terrain appartenait aux deux frère et sœur ; la vente de l’ensemble nécessitait leur accord.
Rien n’avait été transféré.
En revanche, les pièces fournies et la tentative d’usurper sa signature justifiaient qu’ils examinent la situation avec les enquêteurs.
Daniel observa longtemps la feuille.
Il avait toujours dit à Claire qu’Hélène connaissait mieux que lui les affaires familiales.
Il découvrait qu’il avait confondu la compétence de sa sœur avec le droit de décider à sa place.
— Pourquoi voulait-elle vendre aussi vite ?
La notaire ne prétendit pas connaître ses intentions.
Elle fit seulement remarquer que le prix proposé semblait inhabituellement bas au regard des éléments dont disposait son cabinet et qu’elle avait demandé des explications complémentaires.
Daniel remit la copie aux enquêteurs selon la procédure qu’on lui indiqua.
Pendant ce temps, des constatations étaient menées dans la cave.
Le verrou se trouvait bien à l’extérieur, et l’ouverture du petit soupirail permettait à une voix de porter jusqu’au jardin sans offrir de passage possible à une personne.
Les bouteilles et les emballages furent conservés pour les vérifications utiles.
Ce n’était pas une scène dont un seul objet aurait raconté toute l’histoire ; les preuves devaient être rapprochées des témoignages et des horaires.
Une voisine, qui avait aperçu de la lumière dans l’allée de service mardi soir, accepta de décrire aux gendarmes un fourgon gris stationné derrière la maison.
Elle ne pouvait pas identifier son conducteur.
Mais elle se rappelait que le véhicule était resté assez longtemps pour qu’un homme décharge plusieurs sacs.
Son souvenir ne prouvait pas une complicité, et les enquêteurs le traitèrent comme un élément à recouper.
Daniel se rendit ensuite chez lui, où Lucas l’attendait avec sa grand-mère maternelle.
La maison paraissait étrangement silencieuse.
Quatre jours durant, il avait cru recevoir des nouvelles d’une femme qui demandait à rester seule.
Il regarda les chaussures de Claire dans l’entrée et se demanda combien de fois il les avait contournées sans remettre en question sa propre tranquillité.
— Papa, est-ce que tante Hélène va revenir ? demanda Lucas.
Daniel s’assit près de lui.
— Je ne sais pas quand nous la reverrons. Pour le moment, les adultes chargés de l’enquête lui posent des questions. Elle ne viendra pas ici sans que nous le sachions.
— Elle disait que maman voulait partir loin de nous.
— Je sais.
— Moi, je ne la croyais pas.
Daniel sentit la honte lui monter au visage.
Il aurait voulu se défendre en expliquant qu’il n’avait pas eu toutes les informations.
Mais son fils n’avait pas eu davantage de preuves, seulement une voix qu’il avait pris la peine d’écouter.
— Tu avais raison de demander qu’on vérifie, dit-il. Et tu peux me dire quand quelque chose te fait peur, même si un adulte n’est pas d’accord.
Plus tard, Claire lui téléphona depuis l’hôpital.
Elle souhaitait récupérer un brouillon de courriel qu’elle avait enregistré avant de se rendre à la maison familiale.
Son ordinateur personnel se trouvait dans la chambre, et elle autorisa Daniel à l’ouvrir pour transférer le message aux enquêteurs.
Le brouillon avait pour destinataire une adresse du cabinet de la notaire.
Claire n’avait pas eu le temps de l’envoyer.
Elle y détaillait les questions qu’elle voulait poser sur plusieurs virements depuis le compte consacré à la propriété.
Trois paiements portaient la mention « entretien et consolidation », alors que le bâtiment n’avait fait l’objet d’aucun chantier correspondant.
Au total, les montants dépassaient soixante mille euros.
Une facture jointe au brouillon mentionnait le nom « Arnaud Services ».
Daniel reconnut immédiatement le patronyme de Benoît, sans savoir si cette entreprise lui appartenait réellement.
Il prit soin de ne pas tirer de conclusion devant Lucas, puis transmit les pièces par l’intermédiaire convenu avec son conseil.
Dans la soirée, un enquêteur rappela Daniel.
Il confirma que Benoît Arnaud avait été identifié et qu’il serait entendu à propos du fourgon, des factures et des personnes entrées dans la maison pendant l’absence de Claire.
Il ne communiqua aucune conclusion prématurée.
Daniel retourna voir sa femme le lendemain.
Elle avait meilleure mine, mais sursautait chaque fois que la porte de la chambre se refermait trop brusquement.
Il lui raconta la visite chez la notaire et lui montra les montants du brouillon.
— Je voulais t’expliquer cela mardi, dit-elle. Pas te demander de choisir entre ta sœur et moi. Simplement te montrer les comptes.
— Je t’ai demandé de lui faire confiance sans même regarder les chiffres.
Claire le fixa.
— Ce qui me fait peur, ce n’est pas seulement ce qu’Hélène a fait. C’est de penser que si Lucas n’avait rien entendu, tu aurais peut-être signé lundi pendant que je restais enfermée.
Daniel ne put pas contester cette possibilité.
Il se demanda soudain ce qu’Hélène avait prévu de faire de Claire une fois les papiers obtenus.
La porte de la cave avait été ouverte à temps, mais le projet qui l’avait maintenue fermée restait à comprendre.
Pour connaître ce que préparait Hélène après ce rendez-vous, poursuivez avec la partie 5.













