Dominique ne passa pas la nuit suivante au penthouse.
Il resta dans une chambre d’hôtel ordinaire, à quelques rues de la maternité, sans demander qu’on bloque un étage pour lui.
Sur son téléphone, Matteo lui transmit le compte rendu des échanges concernant les Moretti.
Les messages évoquaient « les enfants de Gallo » comme une information utile.
Rien ne prouvait qu’un projet précis existait, mais l’intérêt de ses rivaux suffisait à rendre son ancienne manière de vivre intolérable.
Il pensa d’abord à déplacer Léa et les bébés dans une de ses propriétés surveillées.
La solution lui parut évidente pendant quelques secondes.
Puis il comprit qu’il s’apprêtait encore à lui imposer ses murs, ses gardes et ses règles.
Elle avait déjà quitté une maison où son confort dépendait du bon vouloir de Dominique.
Lui offrir une prison plus luxueuse n’était pas la protéger.
Le matin, il demanda un rendez-vous avec Maître Valette.
Il lui transmit les messages, en précisant ce qu’ils prouvaient et ce qu’ils ne prouvaient pas.
L’avocate ne le remercia pas.
Elle exigea qu’il signale les risques aux autorités compétentes et qu’il cesse de faire surveiller tout ce qui touchait à Léa.
— Vos ennemis sont un problème qui dépasse votre relation avec elle, dit-elle.
Vous ne pouvez pas demander à ma cliente de supporter les conséquences de vos activités.
— Je le sais maintenant.
— Le savoir ne suffit pas.
Léa assista à la fin de l’entretien par téléphone depuis sa chambre d’hôpital.
Elle avait Clara contre elle et surveillait du coin de l’œil le berceau de Samuel.
Elle demanda à Dominique s’il était réellement prêt à laisser la justice examiner ses affaires, même si cela l’éloignait des enfants.
Il ne répondit pas immédiatement.
Dans son monde, une telle question équivalait à choisir entre obéir aux siens et les trahir.
Mais ses « siens » n’avaient jamais inclus la jeune femme qu’il avait chassée, ni les nouveau-nés dont il contemplait maintenant les minuscules doigts.
— Oui, finit-il par dire.
Même si je dois en payer le prix.
Il rappela Matteo et lui demanda de faire établir, avec un avocat indépendant, un inventaire des sociétés, des paiements et des relations susceptibles d’être examinés par les enquêteurs.
Il ne voulait pas de dossiers arrangés ni de destruction de pièces.
Matteo comprit que l’ordre remettait en cause tout ce qu’ils avaient construit ensemble.
— Si tu ouvres cette porte, tu ne décideras plus quand elle se refermera, avertit-il.
— J’ai déjà fermé une porte sur quelqu’un qui n’avait rien fait pour le mériter.
Je ne recommencerai pas avec mes enfants.
Matteo ne répondit pas.
Il connaissait assez les affaires du clan pour mesurer la gravité de cette décision.
Plus tard, il remit sa démission.
Il accepta néanmoins de conserver les documents utiles aux avocats et aux autorités, plutôt que de faire disparaître ce qui pourrait éclairer les faits.
À la maternité, Léa eut de nouvelles préoccupations bien plus proches.
Clara prenait du poids, mais Samuel se fatiguait encore pendant les repas.
Une infirmière lui montra comment reconnaître les signes d’effort et comment lui laisser le temps de récupérer.
Léa demanda trois fois les mêmes explications.
L’infirmière les reprit trois fois, sans impatience.
Madame Sorel apporta une couverture lavée et deux petits bonnets.
Elle trouva Léa penchée sur Samuel, épuisée.
— Tu as le droit de dormir, ma grande.
— J’ai peur de manquer quelque chose.
— Tu ne pourras pas les protéger en restant éveillée toute leur vie.
Cette phrase lui rappela son père.
Il lui avait donné un oiseau d’argent au lieu de lui promettre que rien ne lui arriverait.
Sur la table de chevet, le médaillon reposait désormais dans un petit tissu.
Léa le prit entre ses doigts, puis alla demander de l’aide pour se reposer une heure.
C’était un geste modeste, mais elle avait mis longtemps à comprendre qu’il n’était pas une défaite.
Dominique, lui, dut affronter Céleste une dernière fois par l’intermédiaire de leurs conseils.
Son avocate transmit un courrier niant tout harcèlement et dénonçant une campagne destinée à nuire à sa réputation.
Maître Valette répondit avec les dates, les messages du journaliste et les documents concernant le photographe.
Elle conseilla à Léa de ne pas répondre directement.
Céleste n’avait pas besoin d’une nouvelle scène pour conserver du pouvoir sur elle.
Le retrait de la photographie ne réparait pas l’humiliation publique.
Léa choisit de poursuivre les démarches qui protégeaient son identité et celle des enfants, sans chercher à faire condamner Céleste par des rumeurs opposées.
Dominique comprit cette différence.
Il avait toujours cru que gagner signifiait imposer le silence à l’adversaire.
Léa cherchait seulement à retrouver le sien.
Une semaine plus tard, Samuel put quitter la surveillance la plus rapprochée.
Léa tint ses deux enfants ensemble contre elle pour la première fois.
Le poids était léger, pourtant il lui sembla porter tout ce qu’elle avait traversé depuis le jour où la carafe s’était brisée.
Elle pleura doucement, puis rit quand Clara agrippa la manche de sa blouse.
Le même après-midi, Dominique signa une déclaration préparée avec son conseil et se présenta de lui-même aux enquêteurs.
Il leur remit des documents relatifs à ses activités et les informations sur les menaces possibles.
Les conséquences judiciaires demeuraient incertaines ; aucune signature ne pouvait effacer ses actes passés.
Il avait seulement cessé de demander aux autres d’en assumer le risque à sa place.
Avant de partir, il fit parvenir à Léa une lettre sans conditions.
Il y reconnaissait les enfants comme les siens et exprimait son intention d’accomplir les démarches légales nécessaires, sans prétendre fixer seul leur avenir.
Il expliquait aussi qu’il pourrait être absent pendant quelque temps.
Au bas de la page, une seule phrase était soulignée : « Si tu préfères ne pas répondre, je le respecterai. »
Léa relut ces mots pendant que Clara dormait sur son bras.
Elle avait longtemps espéré que Dominique la reconnaisse.
Elle ne s’était jamais demandé ce qu’elle ressentirait le jour où il accepterait enfin de ne pas être le maître de la réponse.
Le soir, Maître Valette lui annonça que Dominique était retenu pour être entendu dans le cadre de l’enquête.
Nul ne pouvait lui dire quand elle le reverrait, ni dans quelles conditions.
Léa regarda ses deux enfants.
Ils avaient besoin d’un père capable de tenir parole, mais ils avaient d’abord besoin d’un avenir qui ne dépende pas de ses promesses.
Pour savoir ce qu’il restera de cette promesse lorsque Dominique devra affronter les conséquences de son passé, découvrez la partie 6.












