« Je le prends pour ma voisine. »
La main de l’homme était déjà sur le colis.
Je le retirai avant qu’il puisse le saisir complètement.
« J’ai besoin de la destinataire. »
Il sourit comme si je venais de compliquer quelque chose de très simple.
« Clara Besson. Quatrième étage. Je sais. »
Je regardai l’étiquette.
C’était effectivement le nom inscrit dessus.
Je venais d’entrer dans l’immeuble depuis moins d’une minute.
Un bâtiment moderne près du centre de Nantes, quatre étages, hall propre, boîtes aux lettres alignées à côté d’un grand interphone.
L’homme m’attendait presque devant la porte.
Quarante ans environ.
Manteau sombre.
Chemise blanche.
Rien qui puisse immédiatement sembler inquiétant.
« Vous habitez ici ? »
Il désigna l’escalier.
« Troisième. »
Je gardai le colis contre moi.
« Madame Besson vous a demandé de le récupérer ? »
« Elle n’est jamais là à cette heure-ci. Je prends souvent ses livraisons. »
Je sortis mon scanner.
La procédure était simple.
Le colis exigeait une remise contrôlée.
Pas nécessairement compliquée.
Mais certainement pas à la première personne qui connaissait le nom du destinataire.
« Je vais sonner chez elle. »
L’homme secoua immédiatement la tête.
« Ça ne sert à rien. »
Je levai les yeux.
« Pourquoi ? »
« Elle travaille. Elle ne répondra pas. »
Je regardai l’interphone.
Puis lui.
« Je vais quand même essayer. »
Il fit un pas vers moi.
Pas agressif.
Juste suffisamment près pour me faire comprendre qu’il voulait que la conversation se termine.
« Écoutez, je lui donnerai ce soir. Vous gagnerez cinq minutes, moi aussi. »
« Ce n’est pas une question de cinq minutes. »
Son sourire disparut un peu.
« Vous pensez que je vais voler le colis de ma voisine ? »
« Je ne pense rien. Je vérifie le destinataire. »
Je tournai vers l’interphone.
Il posa sa main devant les boutons.
« Elle ne répondra pas. »
Cette fois, je m’arrêtai.
« Monsieur, laissez-moi accéder à l’interphone. »
Il retira sa main.
« Très bien. »
Je cherchais le nom Besson lorsque mon téléphone professionnel vibra.
Un message lié à la livraison venait d’apparaître.
Je le consultai.
Et je relus la phrase deux fois.
Ne donnez surtout rien à l’homme du 3e.
Je regardai l’écran.
Puis l’homme.
Il avait remarqué mon changement d’expression.
« Un problème ? »
Je verrouillai mon téléphone.
« Vous êtes bien au troisième étage ? »
Il croisa les bras.
« Je viens de vous le dire. »
« Votre nom ? »
Cette fois, il hésita.
« Pourquoi vous avez besoin de mon nom ? »
« Parce que la destinataire vient de m’envoyer un message. »
Son regard descendit immédiatement vers mon téléphone.
« Qu’est-ce qu’elle dit ? »
Je ne répondis pas.
Je ramenai le colis plus près de moi.
Il tendit de nouveau la main.
« Bon. Donnez-le-moi. Je réglerai ça avec elle. »
Je reculai.
« Non. »
« Vous êtes sérieux ? »
« Oui. »
Son ton changea.
« Vous ne savez rien de la situation. »
« Exact. »
Je pointai l’étiquette.
« Et c’est précisément pour ça que je ne vous donne pas un colis qui n’est pas à votre nom. »
Son visage se ferma.
« Clara exagère toujours tout. »
Ce fut la phrase qui me fit vraiment le regarder.
Je n’avais jamais prononcé son prénom devant lui après avoir reçu le message.
Bien sûr, il le connaissait déjà.
Mais il venait de répondre comme quelqu’un qui savait exactement ce qu’elle pouvait avoir écrit.
« Vous avez un problème avec Madame Besson ? »
Il laissa échapper un rire court.
« Un problème ? Non. On se connaît depuis longtemps. »
« Alors elle pourra me le confirmer. »
Je me tournai vers l’interphone.
Il avança de nouveau.
« Ne la dérangez pas. »
Je m’arrêtai.
« Pourquoi ? »
« Parce qu’elle n’aime pas qu’on l’appelle au travail. »
« Vous venez de dire qu’elle ne répondrait pas. »
Il ne répondit pas.
Je pressai finalement le bouton correspondant à son appartement.
Une sonnerie.
Deux.
Rien.
Philippe, puisque je ne connaissais toujours pas son nom, eut un léger sourire.
« Je vous avais prévenu. »
Puis l’interphone grésilla.
Nous nous tournâmes tous les deux.
Une voix de femme.
« Oui ? »
Je me rapprochai.
« Bonjour, livraison pour Madame Besson. »
Un silence.
« Vous êtes dans le hall ? »
« Oui. »
L’homme fit un mouvement vers la porte intérieure.
Je le vis.
« J’ai votre colis. Il y a aussi un monsieur qui propose de le récupérer pour vous. »
Le silence revint.
Plus long cette fois.
Puis la voix changea.
Plus basse.
Plus tendue.
« L’homme du troisième ? »
Je regardai Philippe.
Il ne souriait plus.
« Oui. »
Un grésillement.
Puis Clara demanda:
« Il est encore devant ma porte ? »
Philippe retira lentement sa main du colis.
Et pour la première fois depuis mon arrivée, il ne me demanda plus de le lui donner.







