Le premier bruit que j’ai entendu n’était pas un cri.
C’était le bruit du papier qui se déchirait.
Je me suis arrêtée dans le couloir.
Puis j’ai entendu mon fils pleurer.
— Maman…
Mon cœur s’est immédiatement serré.
Je me suis précipitée vers sa chambre.
La porte était ouverte.
Et pendant quelques secondes, je n’ai pas compris ce que je voyais.
Les dessins de Milo, ceux qu’il avait accrochés au mur depuis des mois, étaient arrachés.
Ses jouets disparaissaient dans de grands cartons.
Son petit lit était déplacé.
Et Regina, ma belle-mère, tenait dans ses mains son jouet préféré.
Son requin en peluche.
Celui qu’il emportait partout depuis qu’il était petit.
— Donnez-le-moi, a murmuré Milo.
Il a tendu la main.
Regina a reculé.
— Ce n’est plus pour toi.
Mon fils a cligné des yeux.
— Mais c’est mon requin…
Elle a soupiré comme si ses sentiments n’avaient aucune importance.
— Ton frère va avoir besoin de cette chambre.
Le silence a rempli la pièce.
Je suis entrée.
— Ton frère ?
Regina s’est retournée.
Milo courait déjà vers moi, les larmes aux yeux.
— Maman… Papa a aussi emballé mes affaires.
Je me suis tournée lentement vers le couloir.
Derek était là.
Il n’a pas semblé surpris.
Et c’est peut-être ce qui m’a le plus blessée.
Il savait.
Il savait depuis le début.
— Derek…
Il a ouvert la bouche.
Mais aucun mot n’est sorti.
Puis il a finalement dit :
— Bianca, je voulais t’expliquer.
— M’expliquer quoi ?
Il a regardé Milo.
Puis moi.
— J’ai un autre fils.
Le monde autour de moi semblait soudain plus silencieux.
— Un autre fils ?
Derrière lui, Regina est immédiatement intervenue.
— Le sang reste le sang.
Je l’ai regardée.
Après toutes ces années, elle venait de résumer exactement ce qu’elle pensait.
Milo n’était pas assez important.
Pas assez « du bon côté ».
Derek a baissé les yeux.
— Il va venir vivre ici.
Je n’arrivais pas à croire qu’il disait ces mots aussi calmement.
Cet homme avec qui j’avais construit une famille.
Cet homme qui me disait chaque soir que nous étions heureux.
Il avait préparé une nouvelle vie sans même me demander mon avis.
Puis une voix est venue derrière nous.
— Vraiment ?
Tout le monde s’est retourné.
Alessandro était dans le hall.
Mon père.
Son regard est passé sur les cartons.
Sur les dessins déchirés.
Sur Milo qui serrait son requin contre lui.
Puis il a regardé Derek.
Personne n’a parlé.
Derek a essayé de reprendre le contrôle.
— Alessandro, ce n’est pas ce que vous pensez.
Mon père n’a pas répondu.
Il a simplement fait un petit geste de la main.
Deux hommes en costume sont entrés.
Ils ont commencé à prendre les affaires de Derek.
Une valise.
Puis une autre.
Puis ses vêtements.
Derek est devenu pâle.
— Attendez… qu’est-ce que vous faites ?
Regina a élevé la voix.
— Arrêtez immédiatement !
Alessandro s’est approché de Milo.
Il a doucement repris le requin en peluche des mains de Regina.
Puis il l’a rendu à mon fils.
— Tiens.
Milo l’a serré contre lui.
Mon père a ensuite regardé Derek.
Son expression était calme.
Trop calme.
— Tu voulais faire de la place.
Il a regardé autour de lui.
Puis il a ajouté :
— Alors faisons de la place.
Derek fixait les hommes qui emportaient ses affaires.
Mais Alessandro n’avait pas terminé.
— Pour la famille qui n’a pas trahi ma fille.
Personne n’a répondu.
Parce qu’à cet instant, Derek venait de comprendre une chose.
Il pensait avoir le pouvoir dans cette maison.
Mais il ignorait encore qui avait réellement le contrôle.













